L’épreuve du temps : verticalité versus horizontalité
On dit souvent, à Saumur et ailleurs, que c’est le temps le vrai juge d’un terroir. Mais ce temps ne distribue pas ses récompenses également. J’ai pu goûter, lors de verticales organisées avec certains domaines (comme Antoine Sanzay, Clos Rougeard ou Guiberteau), des rouges sur tuffeau blanc ayant gardé 15, voire 20 ans, une étoffe droite, pure, au fruit à peine fané mais à la fraîcheur inaltérée (La Revue du Vin de France). Les blancs sur le même socle minéral, notamment sur le secteur de Brézé, se dévoilent après dix ans une complexité digne de la grande Bourgogne (miel, cire, camphre, zeste, délicate intensité saline).
Ce phénomène s’explique en partie par la verticalité des vins de tuffeau : tout en tensions, en lignes droites, ils évoluent non pas en largeur (pas d’opulence, pas d’exubérance), mais sur une ligne ascendante. Ils ne s’épanouissent qu’avec patience – souvent trois à cinq ans minimum pour les rouges, cinq à huit ans pour les blancs sur grands terroirs, ce que confirment la plupart des vignerons et critiques (source : Didier Dagueneau, Jacques Puisais, Philippe Faure-Brac).