Interventions humaines et lecture sensible du lieu
On aurait tort, toutefois, de rapporter l’expression d’un vin à son seul substrat. Le tuffeau propose, il ne prescrit pas. Le choix du vigneron – le type de taille, l’orientation des rangs, la densité de plantation, le moment des vendanges – intervient à chaque étape, révélant ou atténuant la voix du terroir.
La vinification, surtout dans les blancs de chenin, illustre ce dialogue d’ajustement. Un élevage long sur lies accentue la texture crayeuse, tandis qu’une vinification en cuve inox souligne la pureté aromatique et la tension. Le recours au bois, lorsqu’il est mesuré, ajoute une dimension tactile sans effacer la fraîcheur de fond. C’est cette dialectique entre la force d’inertie du tuffeau et la main de l’homme qui forge, finalement, l’identité saumuroise.
Certains domaines, tels le Château de Villeneuve, Guiberteau, Arnaud Lambert ou Antoine Sanzay, se sont fait une spécialité de ces lectures fragmentaires du tuffeau, proposant des micro-cuvées qui explorent la palette du sous-sol saumurois. Loin de tout dogme, ces vignerons testent, ajustent, parfois révèlent des nuances insoupçonnées entre deux parcelles séparées de quelques mètres mais reposant sur des couches de tuffeau d’âge ou de pureté variables (Source : "Saumur, mosaïque des terroirs", Revue du Vin de France, n°655, 2022).