Ligne de faille et mer chaude : les origines du tuffeau blanc
Le tuffeau blanc est un calcaire tendre, friable, formé au Turonien supérieur, il y a environ 90 à 94 millions d’années, alors que la région de Saumur n’était qu’un vaste plateau immergé sous une mer peu profonde et tempérée (Geologie et vins de Loire). Cette époque, marquée par des dépôts marins, voit s’accumuler sur les fonds sablonneux une pléiade de débris de coquilles, de restes d’organismes planctoniques (notamment des globigérines), et de particules fines issues de l’érosion. Au fil des millénaires, ces sédiments se compactent, et laissent place à une pierre à la structure aérée, célèbre pour sa couleur d’ivoire pâle et sa légèreté. La différence fondamentale avec d’autres calcaires, tels ceux de Bourgogne ou de Champagne, tient à cette généalogie marine particulière, mais aussi à la relative jeunesse du tuffeau, qui explique sa moindre compacité, sa granularité presque sableuse, là où d’autres calcaires se montrent denses, serrés et opaques.
Dans le paysage saumurois, la coupe stratigraphique révèle souvent une alternance de bancs épais de tuffeau, entrecoupés de marnes ou de couches plus argileuses. Contrairement au Kimméridgien de Chablis – plus ancien (jusqu’à 150 millions d’années), strié de petits débris d’huîtres (Exogyra virgula) – le tuffeau offre au regard une uniformité discrète, un grain fin, plus fragile, qui explique aussi la tradition des habitations troglodytiques et leur facilité de creusement.